Rapport 2026 du Haut Conseil à l’Égalité : quand l’égalité devient un discours à sens unique

source : publication LinkedIn.
Introduction. Le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) a publié en janvier 2026 son rapport annuel sur « l’état des lieux du sexisme en France », sous-titré « la menace masculiniste ». Présenté comme un outil d’alerte et d’éclairage pour les pouvoirs publics, ce document suscite une vive inquiétude parmi de nombreux citoyens, associations et professionnels du terrain.
À Jamais Sans Papa, comme chez beaucoup de nos adhérents, la lecture de ce rapport provoque avant tout un sentiment de sidération et de colère froide. Non pas parce qu’il aborde la question du sexisme — sujet légitime et nécessaire — mais parce qu’il le fait de manière déséquilibrée, idéologique et profondément clivante, opposant implicitement les femmes et les hommes au lieu de chercher à les rassembler autour d’un objectif commun.
Les analyses présentées ci-dessous s’inscrivent dans un débat d’intérêt général portant sur les politiques publiques d’égalité et sur la justice familiale.
Une illustration révélatrice d’un entre-soi idéologique
L’image associée à cet article, issue d’une publication LinkedIn, montre Bérangère Couillard aux côtés de Laurence Rossignol lors d’un événement institutionnel.
Elle est révélatrice d’un phénomène plus large : le débat public sur l’égalité femmes-hommes est aujourd’hui largement confisqué par un cercle restreint, homogène dans ses convictions, peu enclin à la contradiction et déconnecté de la réalité vécue par de nombreuses familles, notamment sur les questions de parentalité et de justice familiale.
Un rapport fondé sur une enquête qui pose question
Le rapport du HCE s’appuie principalement sur un baromètre réalisé par Toluna Harris Interactive auprès de 3 061 personnes âgées de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas.
Si une enquête de cette ampleur peut être pertinente, plusieurs interrogations demeurent :
- recrutement du panel exclusivement en ligne,
- manque de transparence sur les profils réellement interrogés,
- absence de focus spécifique sur les parents concernés par la justice familiale.
Un échantillon numériquement respectable ne suffit pas à justifier des conclusions aussi générales ni des recommandations aux conséquences potentiellement lourdes pour la cohésion sociale.
Un rapport qui stigmatise les hommes… et disqualifie aussi les femmes
Ces derniers jours, le rapport du Haut Conseil à l’Égalité a été largement critiqué pour une raison évidente : il s’intéresse exclusivement au sexisme anti-femmes, sans jamais aborder le sexisme anti-hommes. Cette omission révèle déjà un déséquilibre profond dans l’approche retenue.
Mais un autre angle, plus troublant encore, mérite d’être souligné : ce rapport porte également une accusation implicite massive à l’encontre des femmes elles-mêmes.
Le HCE distingue en effet deux formes de sexisme — « hostile » et « paternaliste » — et affirme que 12 % des femmes relèveraient du premier et 18 % du second. Rapportés à la population française âgée de 15 ans et plus, ces chiffres représentent plusieurs millions de femmes.
Autrement dit, selon le HCE, des millions de femmes mépriseraient ou dévaloriseraient leur propre sexe. Des millions de femmes seraient, en quelque sorte, misogynes.
Qui s’est autorisé une telle affirmation, à une telle échelle ? Même les courants que le rapport stigmatise sous l’étiquette de « masculinisme » ne se sont jamais livrés à une telle généralisation.
En prétendant dénoncer le sexisme, le HCE en vient ainsi à produire un discours profondément dévalorisant pour les femmes, présentées comme aliénées, incapables de discernement ou complices inconscientes d’un système qu’elles subiraient pourtant.
Ce cadrage est doublement problématique. D’une part, il entretient un soupçon généralisé à l’égard des hommes, systématiquement associés à une menace sociale. D’autre part, il assigne des millions de femmes à une forme de soupçon moral collectif.
Il est dès lors légitime de s’interroger sur la méthode, la rigueur scientifique et la posture intellectuelle d’un organisme qui prétend parler au nom de l’égalité tout en alimentant un tel clivage entre les sexes.
Une audition au Sénat sans hommes, sur l’égalité…
Lors de l’audition de la présidente du HCE au Sénat, un fait frappe immédiatement : il n’y avait pas un seul homme dans la salle.
Ce constat est en contradiction directe avec le discours officiel appelant à « embarquer les hommes » dans les politiques d’égalité. Il illustre un entre-soi institutionnel préoccupant et un manque de pluralité des points de vue.
« Les enfants ne mentent pas, les femmes ne mentent pas » : la phrase de trop
« Les enfants ne mentent pas, les femmes ne mentent pas. »
Cette affirmation, prononcée publiquement par Bérangère Couillard, est accessible en vidéo à partir de 53 minutes et 33 secondes :
Cette phrase institue une présomption de crédibilité fondée sur le sexe, incompatible avec les principes fondamentaux de la justice et vécue comme une négation de la réalité par de nombreux parents confrontés à des séparations conflictuelles.
Garde alternée : le double standard poussé à l’absurde
Cette logique de double standard apparaît de manière particulièrement flagrante lors de l’audition du HCE au Sénat, notamment autour de la 44e minute, lorsqu’est abordée la question de la résidence alternée.
Le discours est alors sans ambiguïté : mise en garde appuyée, « gros warning » contre toute forme d’automatisation de la garde alternée, au nom des risques supposés et de la protection des mères.
Dans le même temps, le HCE n’hésite pas à souligner les effets délétères de l’absence paternelle sur le développement psychique des enfants, rappelant qu’une mère ne peut pas « tout faire toute seule ».
La contradiction est manifeste. D’un côté, on stigmatise les pères dits « absents » et l’on reconnaît l’importance de leur rôle. De l’autre, on refuse de questionner un modèle dominant qui cantonne encore trop souvent les pères à quatre jours par mois auprès de leurs enfants.
Peut-on sérieusement prétendre qu’un parent disposant de quelques jours mensuels puisse exercer un rôle éducatif structurant, autre que celui du « papa du week-end » ? Peut-on dénoncer l’absence des pères tout en s’opposant systématiquement aux dispositifs qui permettraient leur implication réelle et quotidienne ?
Cette incohérence n’est pas seulement théorique. Elle a des conséquences concrètes sur la vie de millions d’enfants et de parents, et elle nourrit un profond sentiment d’injustice chez ceux qui voient leur rôle parental réduit par principe.
Les quotas dans les sciences… mais le silence sur la justice familiale
Un autre point majeur illustre le caractère profondément asymétrique de l’approche du HCE : sa volonté de promouvoir des politiques correctives dans certains secteurs, sans appliquer le même raisonnement là où il dérange.
Le HCE plaide ainsi pour des mécanismes correctifs dans les filières scientifiques, afin d’y accroître la représentation des femmes, en invoquant l’existence de biais systémiques, de stéréotypes et de mécanismes d’auto-exclusion.
Le débat peut être légitime. Mais ce qui interroge, c’est ce que le rapport ne dit pas.
Car si l’on suit ce raisonnement jusqu’au bout, une question s’impose : pourquoi ce même raisonnement n’est-il jamais appliqué à la justice familiale ?
La justice aux affaires familiales est aujourd’hui massivement féminisée — tout comme les métiers du social, de la protection de l’enfance et de la petite enfance. Ces secteurs concentrent un pouvoir considérable sur la vie des familles, des enfants et des parents séparés. Pourtant, le HCE ne formule aucune recommandation sur la diversité des profils, la mixité des parcours ou l’éventuel impact de cette sur-représentation sur les décisions rendues.
Autrement dit :
- une sur-représentation masculine dans les sciences serait un biais à corriger,
- une sur-représentation féminine dans la justice familiale serait un non-sujet.
Ce silence n’est pas neutre. Il révèle une conception de l’égalité à géométrie variable, où les mécanismes de correction ne sont envisagés que lorsqu’ils bénéficient à un camp donné, et jamais lorsqu’ils pourraient remettre en question un équilibre institutionnel existant.
Cette incohérence est d’autant plus frappante que le HCE affirme, dans le même temps, la nécessité « d’embarquer les hommes » dans les politiques d’égalité. Comment prétendre vouloir associer les hommes, tout en refusant de questionner les espaces où ils sont quasi absents — précisément là où se décident l’avenir de leurs enfants et l’exercice de leur parentalité ?
Pour de nombreux adhérents de Jamais Sans Papa, ce double discours est perçu comme une discrimination institutionnelle assumée, incompatible avec une conception sincère et universelle de l’égalité.
Un rapport vécu comme un facteur de clivage par nos adhérents
Depuis la publication de ce rapport, Jamais Sans Papa reçoit de nombreux retours d’adhérents choqués, blessés et profondément inquiets. Beaucoup y voient un texte qui oppose, stigmatise et fracture, plutôt qu’un outil destiné à rassembler.
Ce clivage est dangereux. Il fragilise la cohésion sociale, durcit les relations familiales et détourne le débat public de l’essentiel : la protection des enfants et l’égalité réelle des droits et des responsabilités parentales.
Conclusion : l’égalité ne se construira pas contre une moitié de la population
L’égalité femmes-hommes ne peut reposer sur la stigmatisation, les présomptions genrées ou le déni de réalités vécues. Elle suppose une approche inclusive, cohérente et respectueuse des droits de chacun.
Pour Jamais Sans Papa, défendre l’égalité, c’est refuser les discours qui opposent et promouvoir ceux qui protègent réellement les enfants en reconnaissant la place et la responsabilité de leurs deux parents.
