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Violences conjugales : quand les hommes restent invisibles

Article fondé sur le mémoire universitaire « Les hommes victimes de violences conjugales », rédigé par Élodie Gautherot, étudiante en Master 2 de droit pénal et sciences criminelles.

Depuis plusieurs années, les violences conjugales occupent, à juste titre, une place centrale dans le débat public. Lois renforcées, campagnes de sensibilisation, dispositifs d’urgence : la société française affirme vouloir mieux protéger les victimes. Mais derrière ce consensus apparent subsiste une réalité largement occultée : des hommes sont eux aussi victimes de violences conjugales, et leur prise en compte demeure aujourd’hui insuffisante.

Cette réalité est documentée par un mémoire universitaire rigoureux, rédigé par Élodie Gautherot. Son travail, fondé sur des entretiens de terrain et une enquête sociologique, confirme ce que l’association Jamais Sans Papa constate au quotidien : la violence conjugale continue d’être traitée sous un prisme genré, au détriment de nombreuses victimes masculines… et de leurs enfants.

Une réalité juridique… mais une invisibilité sociale

D’un point de vue juridique, la loi ne distingue pas les victimes selon leur sexe. Les violences conjugales recouvrent une pluralité d’infractions (violences physiques, violences psychologiques, harcèlement, menaces, agressions sexuelles, contrôle coercitif). Pourtant, comme le montre Élodie Gautherot, l’homme victime ne “va pas de soi” dans la perception sociale et institutionnelle : l’imaginaire collectif reste structuré par le schéma “homme auteur / femme victime”, ce qui rend la parole masculine plus difficile à entendre.

Encadré chiffré — Une réalité largement sous-estimée
Selon les enquêtes de victimisation analysées dans le mémoire, environ 23 % des victimes de violences conjugales sont des hommes. Près d’un quart des victimes reste ainsi largement invisible dans les discours politiques, médiatiques et institutionnels.

Des violences bien réelles, souvent multiples

Le mémoire met en évidence des violences qui ne sont ni marginales ni anecdotiques. Elles sont le plus souvent multiples et cumulatives : violences psychologiques, physiques, sexuelles, chantage, menaces, pressions judiciaires, et parfois instrumentalisation des enfants (aliénation parentale). Les conséquences décrites sont lourdes : isolement, dépression, perte de repères, difficultés de reconstruction et, dans certains cas, désorganisation du lien parental.

« Encore aujourd’hui, frapper un homme est perçu comme quelque chose de presque humoristique, une humiliation dévirilisante. »
— Psychologue clinicien, expert judiciaire, cité dans le mémoire

Encadré chiffré — Des conséquences durables
L’étude relève que 13 hommes sur 14 (93 %) sont célibataires au moment de l’enquête et que la quasi-totalité évoque des conséquences psychologiques importantes nécessitant un suivi.

Pourquoi les hommes ne parlent pas (ou trop tard)

Un constat majeur du mémoire est que les hommes victimes ne se présentent presque jamais spontanément comme victimes. Ils consultent pour un mal-être, une dépression, une séparation conflictuelle ou la peur de perdre leurs enfants. Dans la majorité des cas, l’identification de la violence est faite par un tiers : médecin, psychologue, assistante sociale, association.

« Aucun homme n’arrive et ne dit : “bonjour, je suis battu”. Ils viennent pour une dépression ou des conflits conjugaux graves. C’est un professionnel extérieur qui identifie la violence. »
— Psychiatre, centre hospitalier de Saint-Nazaire, cité dans le mémoire

Élodie Gautherot décrit une double entrave : d’une part l’emprise au sein de la relation (cycle de violence, chantage, menaces, peur de perdre les enfants), d’autre part le regard social, qui renvoie aux hommes l’idée qu’ils seraient plus souvent auteurs que victimes, rendant la reconnaissance et la libération de la parole plus difficiles.

Encadré chiffré — Un silence massif
Le mémoire compare victimes enregistrées et enquêtes de victimisation : les chiffres sont multipliés d’environ 1,76 pour les femmes, contre 3,23 pour les hommes. Cela suggère une sous-déclaration nettement plus forte lorsque la victime est un homme.

Reconnaître toutes les victimes, sans distinction de sexe

Le mémoire ne nie pas les violences faites aux femmes. Il rappelle un principe simple : une victime est une victime, quel que soit son sexe. Invisibiliser une partie des victimes affaiblit la lutte contre les violences conjugales, renforce le silence, et peut exposer les enfants à des situations d’emprise et de conflictualité extrême.

Ce que demande Jamais Sans Papa

À la lumière de ce travail universitaire et de notre expérience de terrain, Jamais Sans Papa appelle à : des campagnes de prévention inclusives, une formation renforcée des professionnels à l’accueil des victimes masculines, un accès équitable aux dispositifs d’aide et aux financements associatifs, et une attention systématique aux enfants, trop souvent pris en otage dans ces situations.

Pour aller plus loin

Cet article s’appuie sur le mémoire universitaire « Les hommes victimes de violences conjugales » d’Élodie Gautherot, étudiante en Master 2 de droit pénal et sciences criminelles, fondé sur des entretiens avec des hommes victimes et des professionnels (santé, justice, associations, forces de l’ordre) ainsi qu’un questionnaire.

Lire le mémoire complet : Les hommes victimes de violences conjugales — Élodie Gautherot

Jamais Sans Papa continuera de porter cette réalité, non par idéologie, mais par fidélité aux faits, au droit… et aux enfants.

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